Ronaldo, le Joueur de l'Année de la FIFA, est au-dessus de tous les superlatifs. Portrait de ce Brésilien d'à peine 20 ans.
Extra-terrestre, phénomène, génie, crack, star, joueur hors norme, buteur de l?impossible, artiste spectaculaire, etc. Une chose est sûre : les journalistes espagnols n?ont pas fini de se creuser la tête s'ils veulent trouver les mots justes pour décrire les exploits de ce jeune homme (à peine 20 ans) nommé Ronaldo Luis Nazario de Lima. Débarqué en Liga il y a tout juste quelques mois, ce prodige a mis toute la péninsule ibérique en émoi par ses incroyables prestations.
C?est l?été dernier que Ronaldo a été transféré du PSV Eindhoven à Barcelone, pour la somme de 2,55 milliards de pesetas. Malgré cette somme astronomique, tout le monde s?accorde à dire que le club catalan a touché le jackpot. Mais il faut bien le reconnaître, au vu de la pléthore de stars en activité dans la Liga, personne ne s?attendait à voir le jeune Brésilien atteindre les sommets de façon aussi rapide et spectaculaire.
Un but venu d?ailleurs
Le talent de la nouvelle recrue blaugrana éclate aux yeux de tous contre l?Atlético de Madrid, lors d?un match retour en Copa del Rey. C?est ce jour-là, en concoctant une potion sur-vitaminée à base de buts, de passes décisives et de dribbles, que Ronaldo montre toute l?étendue de son talent à son employeur et aux autres. Ce savant mélange de vitesse, de puissance et de technique qui caractérise son jeu atteint son paroxysme contre Compostelle, quand il réussit un chef d??uvre considéré comme l?un des plus beaux but du football espagnol, voire mondial. A soixante mètres des cages du «Compos», Ronaldo s?engage dans une folle série de dribbles, effaçant ses adversaires de toutes les façons possibles et imaginables avant de glisser le ballon au fond des filets avec une précision digne du professeur Saillant. Quelques jours plus tard, le numéro 9 fait le plus dur : il confirme. A Barcelone contre Valence, il réussit un coup du chapeau, avec trois bijoux du même acabit que celui ciselé en terres galiciennes. C?est alors un déluge de louanges qui s'abat sur lui; jamais aucun joueur n'avait connu tel encensement. La description la plus originale et la plus exacte de Ronaldo est peut-être issue de la plume de Manuel Vásquez Montalbán, l?un des écrivains contemporains espagnols les plus pétulants : « C?est un athlète éminemment puissant doté d?une stature de boxeur et des pieds de Fred Astaire».
Ses qualités hors du commun lui valent d?être considéré comme le successeur de Pelé lui-même et d?être comparé aux quatre Dieux du football, à savoir Maradona, Di Stefano, Cruyff, et O Rei. Mais le génie martèle qu?il est encore loin des ces légendes, une opinion partagée par celui qui le connaît sûrement le mieux, le sélectionneur national Mario Lobo Zagallo: «Même si Ronaldo est le meilleur attaquant du Brésil, et probablement du monde entier, il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre la grandeur de Pelé. » En fait, il suffit de pousser l?analyse un peu plus loin pour se rendre compte que les qualités du jeune homme sont bien différentes de celles des quatre autres superstars. Son approche du jeu est complètement différente. En plus de marquer des buts, Pelé, Maradona et Di Stefano étaient beaucoup plus polyvalents. Capables d?éclaircir le jeu, ils maîtrisaient comme personne l?art de se trouver au bon endroit au bon moment. Ronaldo est un spécialiste, un avant-centre patenté, toujours en quête du chemin le plus direct vers le but, obnubilé par l'incroyable moyenne de buts qu'il a établie jusqu'ici.
En revanche, il n?a pas l?élégance et la touche esthétique de ses prédécesseurs, pas plus que leur virtuosité, leur adaptabilité et leur grain de folie. Il aborde le football sous un angle différent, mais qui peut s?avérer plus efficace et plus gagnant. Ce joueur a en lui un peu du talent des quatre légendes. Sa recette est un compromis de vitesse, d?agilité et d?instinct, agrémenté de gestes aussi inattendus qu?admirables, le tout relevé avec une précision chirurgicale à la finition. Sans oublier cette part de surhumain, qui fait de lui une espèce de machine puissante et irrésistible écrasant tout ce qui se met en travers de son passage.
Comme le veut notre époque, sa réputation a eu vite fait de dépasser les frontières, portant la valeur marchande du joueur à des hauteurs stratosphériques. Aujourd?hui, l?étiquette de 4 milliards de pesetas que lui avait collée le club catalan l?été dernier tendrait plutôt vers les 10 milliards. Car d?autres grandes écuries européennes comme Milan, Arsenal ou Manchester United auraient été prêtes à débourser sans la moindre hésitation le montant fixé à l?origine. Par ailleurs, la coqueluche du Camp Nou a vu son salaire doubler. Il est assuré de toucher 500 millions nets par an jusqu?à l?expiration de son contrat le 30 juin 2006. Cela fait de lui le joueur de foot le mieux payé au monde, mais il est loin derrière d'autres sportifs tels Mike Tyson (9,5 milliards), Michael Jordan (6,7 milliards) ou Michael Schumacher (4,2 milliards).